Virus: dans le Golfe, les travailleurs immigrés « meurent seuls », loin des leurs

« Désormais, ils meurent seuls », soupire Ishwar Kumar, responsable d’un crématorium hindou dans le sud de Dubaï, devant une ambulance où repose temporairement la dépouille d’un immigré indien mort du nouveau coronavirus, au cas où un proche souhaiterait lui rendre un dernier hommage.

Au bout d’une heure d’attente sans l’ombre d’un visiteur, quatre employés en combinaison de protection déplacent le corps enveloppé dans un sac en plastique blanc vers un des trois fours de crémation.

Dans un silence assourdissant, l’homme qui travaillait pour une agence de tourisme de Dubaï est réduit en cendres avant d’être placé dans une boîte argentée.

Aux Emirats arabes unis, fédération dont Dubaï est l’un des sept membres, hôpitaux, banques, chantiers de construction et usines tournent grâce aux millions de travailleurs étrangers venus, pour la plupart, d’Asie ou du Moyen-Orient.

Comme ailleurs dans les Etats riches du Golfe, beaucoup y sont employés depuis plusieurs décennies, ce qui leur permet de soutenir leur famille restée au pays, avec l’espoir de les rejoindre un jour pour ouvrir un commerce ou construire une maison.

La majorité des 166 décès dus au nouveau coronavirus dans ces pays du Golfe, qui ont officiellement enregistré 26.600 cas, sont des immigrés originaires d’Inde, du Pakistan, du Bangladesh, des Philippines et du Népal.

Avec la suspension des vols, l’une des mesures de précaution prises pour lutter contre la pandémie de Covid-19, les dépouilles ne peuvent pas être rapatriées. Elles sont incinérées ou enterrées au plus vite sur place.

« Le monde entier change. Plus personne ne vient, ni ne touche, ni ne dit au revoir » aux défunts, se désole M. Kumar. Avant la pandémie, « entre 200 et 250 personnes venaient ici pour faire le deuil et apporter des fleurs », se souvient-il.

– « Pas de famille » –

Quelques heures avant la crémation du travailleur indien, le corps d’une esthéticienne philippine de 40 ans a lui aussi été incinéré. Sur les certificats de décès, une même cause inscrite: « pneumonie Covid-19 ».

Les boîtes argentées, achetées dans un supermarché, sont remises à un proche, s’il en existe à Dubaï, ou à l’ambassade du pays de la personne décédée.

« Ils sont venus pour travailler, donc la plupart d’entre eux n’ont pas de famille sur place. Parfois, des collègues se déplacent », souligne Suresh Galani, un autre responsable du crématorium.

Tous ne sont pas morts du virus, certains ont été indirectement frappés par la pandémie. C’est le cas du frère de Vijay, Ram, mort d’une crise cardiaque à 45 ans, après une quarantaine imposée pour avoir été au contact d’une personne infectée.

« Ram a été testé négatif après être resté confiné pendant deux semaines. Il a souffert mentalement et est tombé en dépression du fait de la solitude », avance Vijay.

Employé dans une laverie, Ram, père de trois enfants, est mort dans l’ambulance qui le conduisait à l’hôpital. Au crématorium, quatre de ses collègues répandent des fleurs sur sa dépouille avant qu’elle soit incinérée.

« Nous reviendrons demain pour récupérer les cendres. Nous les enverrons à la maison quand les vols reprendront », dit Vijay.

– Enterrés sur place –

Certains travailleurs étrangers, frappés par la paralysie économique provoquée par la pandémie, ont pu rentrer via les rares avions de rapatriement mis en place par les autorités du Golfe.

En Arabie saoudite, « jusqu’à présent, toutes les familles ont demandé d’enterrer les corps sur place », indique une source au sein du ministère de la Santé ayant requis l’anonymat.

Parmi eux, Wazir Mohammed Saleh, un Afghan de 57 ans qui vivait et travaillait à Médine (ouest) depuis les années 1980 après avoir fui son pays. Gérant d’une boutique de fournitures de bureau, il est mort du coronavirus la semaine dernière.

Seuls ses quatre fils ont assisté à son enterrement dans la ville sainte qui abrite le tombeau du prophète Mahomet. Son neveu Amed Khan, un commercial né dans le royaume, a dû se contenter de voir les images des funérailles sur son smartphone.

« Son rêve était d’être enterré à Médine et ce rêve s’est réalisé », confie-t-il à l’AFP. « Aucune personne qui meurt à Médine ne souhaiterait être enterrée ailleurs. Cette terre est connue pour faire partie du paradis ».

Virus: en Israël, sur les rives de la mer Rouge, une station balnéaire sans touristes

A Eilat, ville israélienne ultratouristique de la mer Rouge, la musique d’un manège tourne en boucle dans un parc d’attraction fermé. La comptine « Il était un petit navire » résonne dans le vide d’une ville confinée, que le nouveau coronavirus a plombé d’un chômage accablant.

Environ 2,5 millions de touristes gagnent chaque année Eilat, dans la pointe sud d’Israël coincée entre la Jordanie et l’Egypte, pour bronzer sur ses plages, plonger dans ses eaux cristallines et se balader sur la promenade faite de magasins de tongs et de barres d’hôtels avec piscines.

Et le printemps y est d’ordinaire délicieux, entre la fraîcheur hivernale et la canicule estivale.

Mais, à l’heure de la pandémie du Covid-19, les autorités israéliennes ont ordonné le confinement de la population et la fermeture des frontières et des lieux de loisirs pour éviter toute propagation. Alors les transats prennent la poussière.

Difficile d’imaginer que dans cette ville de 67.000 habitants baignée par le soleil, les 12.000 chambres d’hôtel sont toutes occupées la majeure partie de l’année.

Dans le hall d’un immense hôtel cinq étoiles défraîchi, les meubles ont été recouverts de draps blancs et les fontaines mises à l’arrêt. Le vaste escalier en colimaçon n’est plus foulé que par quelques employés veillant à la sécurité de l’établissement, qui compte normalement 500 salariés.

Lior Mucznik, qui dirige trois hôtels dont celui-ci, estime perdre des dizaines de millions de shekels par mois -soit des millions d’euros.

Sur son téléphone, il montre des photos des dégâts causés par des vents violents ayant balayé la côte mi-mars: fleurs arrachées, sable incrusté sur les terrasses. « Après la tempête; le coronavirus! », se désole-t-il, regrettant de ne pas avoir reçu d’aide des autorités jusqu’ici.

– « Sparadrap » –

La municipalité a reçu un soutien financier du gouvernement pour répondre à la crise, mais ce n’est pour l’instant qu’un « sparadrap sur une large plaie », explique le maire Meir Yitzhak Halevi.

Trois personnes sur quatre sont désormais au chômage, dit-il à l’AFP.

Samedi, le gouvernement a annoncé l’assouplissement de certaines restrictions, dont la réouverture de certains commerces, en réaction à une baisse du nombre de nouveaux cas de malades.

Mais « l’apport à la ville d’Eilat est très minime », regrette le maire, qui considère qu’il s’agit tout de même d’un « premier pas ».

Israël a annoncé son premier cas de nouveau coronavirus le 21 février et a depuis officiellement enregistré plus de 14.300 cas dont environ 190 décès. A Eilat, une vingtaine de cas ont été recensés.

Parce que la pandémie y constitue davantage une crise économique que sanitaire, la mairie appelle le gouvernement à formuler une réponse sur mesure pour la ville, explique Nora Bitton, employée municipale.

Sans tourisme, ce « petit coin de paradis » a vu son « tuyau d’oxygène coupé », déplore-t-elle.

– Paralysie –

Pour Josef Gez, qui se balade malgré le confinement –ce qui peut en théorie lui valoir une amende–, « c’est comme si la ville était paralysée ».

« D’habitude, je déteste marcher mais je suis venu de l’autre bout de la ville histoire de prendre l’air, profiter du soleil et être en bord de mer », explique ce quinquagénaire sur le pont qui enjambe la marina. « En 32 ans de vie ici, je n’ai jamais vu ça », souffle-t-il. « On dirait qu’une bombe a été lâchée et que tout le monde a disparu ».

Un peu plus loin sur la plage, un couple de Français tente une expédition baignade. Mais à peine leurs pieds ont-ils effleuré le sable qu’une patrouille de police les interpelle.

Retour à la maison obligatoire pour les deux retraités, fâchés de devoir faire demi-tour et « attristés » de voir la ville vide à une période de l’année où il est habituellement difficile de se faire une place au soleil.

Accoudé à la barrière qui entoure l’une des trois piscines de son hôtel, Lior Mucznik explique que la saison de Pessah, la Pâque juive qui vient de se terminer, est l’une des plus importantes pour l’économie locale.

Pendant cette fête, les 375 chambres de son établissement sont d’ordinaire occupées, majoritairement par des Israéliens, et les prix en forte hausse. « Si nous ratons la deuxième haute saison haute, de juillet à septembre, alors ce sera une année catastrophique », dit-il.

Avant de se reprendre: « en fait, c’est déjà une année catastrophique ».

Covid-19: gare à une pénurie d’oxygène dans les pays les plus pauvres

Dans les pays pauvres d’Afrique ou d’Asie du Sud, les médecins manquent de l’élément le plus crucial pour sauver les malades les plus graves du Covid-19: l’oxygène lui-même, alertent les experts.

La crise sanitaire actuelle a mis sous tension même les systèmes hospitaliers les plus avancés, qui peinent notamment à s’approvisionner en respirateurs artificiels.

Mais les experts craignent que cette attention portée au maillon high-tech de l’assistance respiratoire ne masque un besoin encore plus criant et prioritaire, pour les systèmes de santé les plus vulnérables: l’oxygène médical, composante clé des soins intensifs.

« La réalité c’est que l’oxygène est la seule thérapie qui va sauver des vies en Afrique et en Asie-Pacifique à ce stade », commente Hamish Graham, pédiatre et chercheur à l’hôpital universitaire de Melbourne.

« J’ai peur que la focalisation excessive sur les respirateurs ne tue, si on ne résout pas les problèmes d’oxygène », explique-t-il à l’AFP.

Selon un rapport publié en février sur plusieurs milliers de cas en Chine, près de 20% des malades du Covid-19 ont eu besoin d’oxygène.

Le nouveau coronavirus attaque les poumons, causant des formes aiguës de détresse respiratoire et entraînant une baisse dangereuse du niveau d’oxygène dans le sang.

« Dans les hôpitaux des pays riches, l’oxygène va de soi », explique le Dr Graham. Mais ailleurs, « les soignants sont parfaitement conscients du problème: ils se battent chaque jour pour pouvoir fournir de l’oxygène à leurs patients ».

De nombreux gros hôpitaux de pays en développement disposent de bouteilles d’oxygène dans les blocs opératoires et les services, ainsi que de « concentrateurs », des équipements portatifs qui permettent de filtrer et de purifier l’air ambiant.

Mais des études montrent que moins de la moitié des établissements hospitaliers d’Afrique et d’Asie-Pacifique disposent d’oxygène à tout moment, insiste le Dr Graham. Et ils sont bien moins nombreux à être équipés d’oxymètres de pouls, ce petit appareil qu’on met au bout du doigt du patient pour mesurer son taux d’oxygène dans le sang.

Cette inquiétude n’est pas nouvelle parmi ceux qui soignent les patients atteints de pneumonie, maladie infectieuse la plus meurtrière chez les enfants de moins de 5 ans.

Malgré des politiques nationales en place, au Nigeria, un des pays les plus touchés, la situation dans certaines régions est « très très inquiétante », estime Adamu Isah, de l’ONG Save the Children.

Il est courant de voir des enfants « souffrir et suffoquer », raconte l’ancien médecin à l’AFP. « On se sent inutile. Il n’y a pas grand chose à faire sans oxygène ».

– « A l’aveuglette » –

« Les systèmes de santé en Afrique et en Asie du Sud ne pouvaient pas être plus exposés à une telle pandémie, ils n’ont pas investi dans les thérapies respiratoires », constate de son côté Leith Greenslade, coordinatrice de la coalition Every Breath Counts.

« C’est terrifiant », ajoute-t-elle.

Malgré la mort de 800.000 enfants victimes de pneumonie chaque année, la maladie ne reçoit pas la même attention que le sida, le paludisme ou la tuberculose.

Et les autorités sanitaires mondiales ont « complètement négligé » la question de l’oxygène, estime Leith Greenslade.

« L’absence de données mondiales (sur les approvisionnements en oxygène) va être un problème majeur pour répondre au Covid-19 parce qu’on navigue à l’aveuglette, on ne sait pas quels pays en ont le plus besoin », ajoute-t-elle.

L’épidémie étant encore relativement peu développée en Afrique et dans certaines parties de l’Asie, il reste malgré tout « probablement une fenêtre de deux mois » pour agir, insiste-t-elle.

Même s’il est difficile de prédire comment le nouveau virus se répandra dans cette partie du monde, les experts appellent à renforcer les systèmes de soins en urgence.

« Comme partout, il faut aplatir la courbe, mais si les établissements n’ont pas de lits de soins intensifs – ou peu comme au Malawi où il y en a 25 pour 17 millions d’habitants -, ça ne marchera pas », souligne Gwen Hines, de Save the Children.

Son organisation travaille justement au Malawi, où quelques cas ont été confirmés, pour alimenter des concentrateurs d’oxygène en énergie solaire, alors que le réseau électrique est intermittent et qu’il n’y a pas de site de production d’oxygène.

Mais en pleine crise mondiale, les experts craignent que la communauté internationale ne puisse pas agir suffisamment rapidement pour pallier ce manque d’oxygène et d’autres équipements de base dans les pays les plus pauvres.

Au Nigeria, l’aide devrait commencer par l’envoi d’oxymètres de pouls, puis de concentrateurs utilisables dans des dispensaires modestes, et après seulement des respirateurs, plaide Adamu Isah.

« J’ai peur que si cette pandémie dure plus de deux mois, nous devions faire face à de très graves problèmes », s’alarme-t-il.

« En Europe ou aux Etats-Unis, ils ont peut-être les capacités de faire face aux besoins, mais pas en Afrique, même en temps de paix ».

Coronavirus: une mosquée d’Istanbul devient une supérette gratuite

Les étagères d’habitude réservées aux chaussures des fidèles sont garnies de pâtes, biscuits et bouteilles d’huile. Fermée aux prières pour cause de coronavirus, une mosquée d’Istanbul s’est transformée en supérette gratuite pour les plus démunis.

Des affiches collées sur les fenêtres de la mosquée invitent les mécènes potentiels à y déposer leur aide et ceux dans le besoin à s’y servir.

Située dans le district de Sariyer à Istanbul, la mosquée Dedeman, fermée aux prières collectives comme le reste des lieux de culte en Turquie pour éviter la propagation de l’épidémie de Covid-19, a été transformée en centre de distribution d’aide à l’initiative de son jeune imam, Abdulsamet Cakir, 33 ans.

« Après la suspension des prières, j’ai eu cette idée de faire revivre la mosquée en donnant aux gens aisés l’opportunité d’aider les nécessiteux », explique le religieux.

Lesté de provisions, l’imam fait la navette entre la salle de prière, dans laquelle s’empilent produits alimentaires et détergents, et le vestibule de la mosquée où il les range sur les étagères.

Abdulsamet Cakir dit que son initiative s’inspire de la « sadaka tasi », une sorte de stèle avec une cavité dans laquelle étaient déposées des aumônes destinées au plus pauvres à l’époque de l’empire ottoman.

« Nous nous sommes inspirés de la tradition de +sadaka tasi+ de nos ancêtres, cette fois en faisant remplir les étagères de notre mosquée avec les aides offertes par ceux qui en ont les moyens », dit-il.

L’épidémie de Covid-19 a fait plus de 2.200 morts en Turquie sur plus de 95.000 cas recensés, dont près de la moitié à Istanbul.

– Dons en nature –

Ceux qui souhaitent bénéficier de l’aide doivent s’inscrire sur une feuille accrochée sur le mur extérieur de la mosquée en laissant un numéro de téléphone. Si leur demande est approuvée par les autorités locales, ils reçoivent un message les invitant à aller se servir à la mosquée où chaque bénéficiaire a droit à huit produits.

Guleser Ocak, 50 ans, s’est rendue à la mosquée dès qu’elle a reçu le message sur son téléphone.

« Je suis vraiment dans le besoin. Mon mari ne travaille pas. Moi je faisais le ménage dans les maisons mais en raison du virus on ne fait plus appel à moi », confie-t-elle à l’AFP.

L’imam a déjà 900 bénéficiaires inscrits sur sa liste et il en sert 120 par jour pour éviter les attroupements dans la mosquée, distanciation sociale par temps de coronavirus oblige.

Deux personnes seulement, portant obligatoirement un masque, peuvent entrer dans le vestibule en même temps, alors que les autres attendent à l’extérieur à bonne distance les unes des autres.

« On demande à 15 personnes de venir chaque demi-heure pour éviter qu’une longue file se forme », affirme l’imam. « On fait de notre mieux pour aider nos frères et soeurs dans le respect de leur dignité ».

Seuls les dons en nature de produits qui seront ensuite distribués aux nécessiteux sont acceptés par la mosquée, qu’ils soient offerts par des particuliers ou des entreprises qui les fabriquent.

Les étagères sont ainsi garnies de produits alimentaires ou de nettoyage offerts par des donateurs de Turquie mais aussi de l’étranger. « Un frère qui habite en France a fait une commande en ligne et l’a fait livrer à la mosquée », se félicite l’imam.

Pour Duygu Kesimoglu, 29 ans, l’aide offerte par la mosquée tombe à point nommé alors que le mois de jeûne musulman du ramadan commence cette semaine.

« Malheureusement je suis sans emploi et je n’arrive pas à en trouver en raison du virus. Pas de job, pas d’argent, donc cette aide est une très très bonne chose », dit-elle.

Liban: premier cas de nouveau coronavirus dans un camp de réfugiés palestiniens (ONU)

Un premier cas de nouveau coronavirus a été enregistré dans un camp de réfugiés palestiniens de la vallée de la Bekaa, dans l’est du Liban, a annoncé l’ONU, selon qui des tests vont être menés parmi la population locale.

La patiente a été transportée à Beyrouth, à l’hôpital public Rafic Hariri, a précisé tard mardi soir l’agence de l’ONU pour les réfugiés palestiniens (Unrwa), qui n’a pas fourni d’indications sur son âge ou son état de santé.

D’après la même source, il s’agit d’une réfugiée palestinienne installée au Liban après avoir quitté la Syrie voisine, ravagée depuis près d’une décennie par un conflit meurtrier.

Elle vivait dans le camp de Wavel –plus communément appelé en arabe « camp de Galilée »-, près de Baalbek, dans la Bekaa.

Une équipe d’experts médicaux se rendra mercredi dans le camp « pour mener des tests » de dépistage du Covid-19, selon le communiqué de l’Unrwa.

L’agence onusienne va faire le nécessaire pour « aider la famille de la malade à s’isoler dans leur domicile », souligne le texte. La patiente sera soignée aux frais de l’Unrwa.

Dès mardi soir, le camp a été bouclé par les factions palestiniennes en charge de sa sécurité qui ont « interdit les entrées et les sorties », en coordination avec les forces de l’ordre libanaises, selon l’agence officielle ANI.

Le Liban a officiellement recensé 677 personnes atteintes du nouveau coronavirus dont 21 décès.

Début avril, Unrwa avait indiqué qu’un réfugié palestinien ne vivant pas dans les camps avait été atteint de la maladie de Covid-19. Il s’était isolé à son domicile.

La propagation du virus parmi les réfugiés syriens ou palestiniens vivant au Liban est une source d’inquiétude pour les ONG, qui pointent du doigt la densité de population élevée dans les camps où les familles nombreuses s’entassent dans des espaces exigus.

Le Liban, petit pays de 4,5 millions d’habitants, accueille plus de 174.000 réfugiés palestiniens, selon un recensement officiel. Un chiffre en deçà des estimations circulant dans le pays, qui vont jusqu’à 500.000.

Le pays dit également accueillir 1,5 million de Syriens, dont près d’un million de réfugiés inscrits auprès de l’ONU.

Le coronavirus menace le monde d’une « catatrophe humanitaire », avertit l’ONU

La pandémie de coronavirus risque de provoquer, en raison de ses répercussions économiques dévastatrices, un doublement du nombre des personnes menacées par la famine dans le monde et une « catastrophe humanitaire » à l’échelle planétaire, a prévenu le Programme alimentaire mondial (PAM), une agence de l’ONU.

Alors que la maladie a fait plus de 174.000 morts à travers le monde depuis son apparition en Chine en décembre, selon un bilan établi mardi par l’AFP, le PAM a lancé un cri d’alarme sur ses conséquences en termes d’alimentation.

« Le nombre de personnes souffrant sévèrement de la faim pourrait doubler en raison de la pandémie de Covid-19, atteignant alors plus de 250 millions d’ici la fin de 2020 », a averti cette agence de l’ONU, évoquant le risque d’une « catastrophe humanitaire mondiale ».

Symbole des bouleversements économiques provoqués par la pandémie, le prix du baril de pétrole américain est passé lundi en territoire négatif, atteignant moins 38 dollars, avant de repasser au-dessus de zéro à la clôture mardi.

– Rebond du pétrole américain –

Mercredi, toutefois, le prix du baril de West Texas Intermediate (WTI) pour livraison en juin a bondi de plus de 18% dans les premiers échanges en Asie.

Le ralentissement général des économies mondiales dû à la pandémie, avec les voitures au garage et nombre d’usines à l’arrêt, a provoqué une surabondance de pétrole qui a forcé les courtiers en or noir à payer pour se débarrasser de barils qu’ils s’étaient engagés à acheter.

Aux Etats-Unis, devenus premier producteur de pétrole mais dont les coûts d’extraction sont élevés, cet effondrement historique menace l’ensemble du secteur, et a conduit le président Donald Trump à demander à son administration de mettre sur pied un plan de sauvegarde.

L’Organisation internationale du travail (OIT) a prévenu mardi: « La crise du Covid-19 a un effet dévastateur sur les travailleurs et les employeurs », à travers « des pertes massives sur la production et les emplois dans l’ensemble des secteurs ».

« Le monde du travail traverse la pire crise internationale depuis la Seconde Guerre mondiale », a affirmé Alette van Leur, directrice des politiques sectorielles de l’OIT. « L’impact économique de la pandémie sera probablement grave et durable ».

En Europe, le ralentissement économique provoqué par le virus pourrait à terme affecter les emplois de 60 millions de travailleurs, entre baisses de salaires et licenciements, a prévenu mardi le cabinet d’études McKinsey.

– Effets dévastateurs sur l’emploi –

La pandémie pourrait « presque doubler le taux de chômage européen dans les prochains mois », estime le cabinet de conseil américain.

Et une agence de l’ONU basée au Chili a estimé mardi que l’Amérique latine allait connaître cette année la pire récession de son histoire, avec une chute attendue de 5,3% du PIB à cause des conséquences de la pandémie sur les économies de la région.

Face à ce qu’il a appelé « l’ennemi invisible » du coronavirus, le président Donald Trump avait annoncé lundi soir son intention de « suspendre temporairement » l’immigration aux Etats-Unis pour « protéger les emplois » des Américains.

M. Trump a précisé mardi qu’il allait signer un décret ordonnant une « pause » de 60 jours sur la délivrance de cartes vertes qui offrent le statut de résident permanent. Cette mesure ne s’appliquera pas aux visas de travail temporaires.

La première économie mondiale – pays le plus touché, qui a encore enregistré mardi l’un des pires bilans journaliers avec plus de 2.700 morts en 24 heures – compte à cause de la crise 22 millions de nouveaux inscrits au chômage.

– Nouveau plan d’aide américain –

Le Sénat américain a adopté mardi à l’unanimité un nouveau plan d’aide de 500 milliards dollars, dont 320 milliards seront destinés à soutenir les PME durement frappées par la crise. Quelque 60 milliards iront à d’autres secteurs impactés, notamment l’agriculture. La Chambre des représentants doit maintenant se prononcer sur ce texte.

Au moins 4,5 milliards de personnes dans 110 pays ou territoires vivent aujourd’hui confinées ou contraintes de limiter leur déplacement pour tenter d’endiguer la propagation du virus, soit environ 58% de la population mondiale.

En Europe, plusieurs pays – Allemagne en tête, mais aussi Autriche, Norvège, Danemark – ont commencé à assouplir les mesures de confinement, tout en conservant des mesures de « distanciation sociale ».

Berlin et dix des 16 Etats fédérés allemands ont décidé d’imposer le port du masque dans les transports publics. Bars, restaurants, lieux culturels, terrains de sports y demeurent fermés. Ecoles et lycées rouvriront progressivement.

« Aller trop vite serait une erreur », s’est alarmée la chancelière Angela Merkel.

En écho à ces inquiétudes, la célèbre fête allemande de la bière de Munich, prévue cette année du 19 septembre au 4 octobre, a été annulée mardi par les autorités locales. « Les risques étaient tout simplement trop élevés » avec plus de 6 millions de visiteurs attendus, dont un tiers venant de l’étranger et d’Asie en particulier.

En Espagne, la ville de Pampelune a annoncé mardi qu’elle annulait ses célèbres fêtes de la San Fermin, dont les lâchers de taureaux attirent habituellement début juillet des centaines de milliers de touristes. « Il n’y a pas d’autre option possible pour des fêtes aussi massives et internationales », a annoncé la mairie dans un communiqué.

Sur le continent européen, l’Italie est le pays le plus affecté (24.648 décès), suivi de l’Espagne (21.282), la France (20.796) et le Royaume-Uni (17.337), selon le bilan établi par l’AFP à partir de sources officielles mardi à 19h00 GMT.

– Déconfinements lents –

L’Italie comme la France préparent un lent déconfinement, avec force précautions, respectivement à compter des 3 et 11 mai. En Espagne, les enfants, jusqu’ici interdits de sortie, peuvent à partir de lundi accompagner un adulte pour faire des courses de première nécessité.

En revanche, au Royaume-Uni, qui a enregistré mardi 828 décès supplémentaires et est toujours « en situation de danger », le confinement instauré le 23 mars a été prolongé d’au moins trois semaines.

burx/plh/roc

Virus: le Sénat américain approuve un nouveau plan de 500 milliards de dollars

Le Sénat américain a adopté mardi à l’unanimité un nouveau plan de près de 500 milliards de dollars pour soutenir les PME durement frappées par la crise liée au Covid-19, aider les hôpitaux et renforcer le dépistage du coronavirus.

Soutenu par Donald Trump, ce texte comprend une enveloppe de 320 milliards de dollars qui seront déboursés sous forme de prêts aux entreprises de moins de 500 employés.

Il inclut également 75 milliards d’aides pour les hôpitaux, 25 milliards pour le dépistage du coronavirus, ainsi que 60 milliards de prêts destinés à d’autres secteurs impactés par l’économie, notamment dans l’agriculture.

Le plan devra être soumis à un vote final à la Chambre des représentants plus tard cette semaine avant d’être promulgué par le président américain.

Ces nouveaux fonds viendront s’ajouter à 349 milliards déjà dépensés pour financer des prêts destinés aux PME, qui avaient été approuvés fin mars dans le cadre d’un plan historique de 2.000 milliards de dollars de soutien à l’économie américaine.

Les prêts sont octroyés aux PME par des banques mais l’Etat fédéral les garantit, en s’engageant à annuler la dette si l’entreprise bénéficiaire garde ses employés ou réembauche ceux qui ont été licenciés d’ici au 30 juin.

La Chambre des représentants ne pourra pas opter pour un vote à l’unanimité car des élus ont menacé de s’y opposer. Elle devra donc rappeler ses parlementaires à Washington, probablement dès jeudi, a indiqué mardi le chef de la majorité démocrate, Steny Hoyer.

Il s’est dit confiant qu’une majorité des 429 élus pourraient être présents, soit un nombre suffisant pour autoriser ce vote, qui pourrait toutefois prendre plusieurs heures à cause des mesures de précaution pour éviter la propagation du virus. Les parlementaires pourraient ainsi entrer par petits groupes dans l’hémicycle.

Le plan a été approuvé à l’unanimité par une poignée de sénateurs, certains portant des masques dans les couloirs du Congrès, pour éviter de rappeler tous les élus en pleine pandémie.

– Nouveau vaste plan en vue –

Une fois cette nouvelle aide aux PME définitivement adoptée, les parlementaires veulent commencer à négocier un nouveau vaste plan de soutien à l’économie américaine.

Donald Trump a détaillé, dans un tweet mardi, certaines de ses grandes priorités pour ce prochain volet: « des allègements budgétaires pour les Etats/collectivités locales », des investissements « dans les infrastructures », « des aides fiscales » destinées aux secteurs de la restauration, des divertissements et du sport, ainsi que des « réductions des charges salariales pour augmenter la croissance économique ».

Les chefs démocrates du Congrès ont affirmé mardi que ce nouveau plan d’aide devrait être « vaste » et apporter un « changement en profondeur ».

Surnommé « Cares 2 », il « devra reconnaître que la clé pour que les Américains reprennent le travail et garantir la sécurité économique sera de placer la santé et la sécurité des Américains avant tout et de vaincre ce terrible virus », ont écrit la présidente démocrate de la Chambre Nancy Pelosi et le chef de la minorité démocrate au Sénat, Chuck Schumer,

Le premier volet de l’aide aux PME a été critiqué car de grandes entreprises ont pu en bénéficier tandis que de petites entreprises et organisations n’ont pas été sélectionnées.

Pour tenter cette fois d’améliorer l’accès aux prêts des petites structures, qui n’ont parfois pas de relations aussi étroites avec les grandes banques, 60 milliards de dollars seront cette fois distribués exclusivement par de petites banques.

Plus de 1,6 million d’entreprises ont déjà pu toucher des fonds, selon les chiffres de l’administration Trump.

Liban: réunion du Parlement, protestations en voiture malgré le virus

Le Parlement libanais s’est réuni mardi dans une salle de conférence pour permettre la distanciation sociale en pleine pandémie du nouveau coronavirus, et à l’extérieur des manifestants ont défilé en voiture pour crier leur colère contre le pouvoir.

Le Liban traverse depuis l’an dernier sa pire crise économique en 30 ans, amplifiée par la pandémie de Covid-19 et les mesures draconiennes de confinement ayant mis le pays à l’arrêt.

Réunis dans une salle de conférence pouvant accueillir jusqu’à 1.000 personnes à Beyrouth, les députés dont la session doit durer trois jours ont approuvé un prêt de 120 millions de dollars de la Banque mondiale pour aider le secteur de la Santé.

Au Liban, 677 cas de contamination, dont 21 décès, ont été recensés officiellement.

Les députés ont par ailleurs voté une loi pour lutter contre la corruption dans le secteur public, alors que ce fléau a été l’un des éléments déclencheurs du soulèvement populaire inédit au Liban en octobre 2019.

Parmi les 16 lois adoptées sur les 66 sous examen, les parlementaires ont également adopté la légalisation à des fins médicales de la culture de cannabis, devenue une industrie pesant plusieurs millions de dollars.

Cette mesure devrait engranger des revenus à l’Etat, surendetté et en défaut de paiement depuis mars, pour la première fois de son histoire.

Les députés devront également se pencher sur un projet de levée de l’immunité des ministres et des députés en cas de poursuites pour corruption.

A l’extérieur, des manifestants à bord de voitures ont protesté contre les députés et la classe politique en générale, accusés de corruption et d’incompétence. Ils ont également sillonné d’autres lieux de la capitale libanaise et d’autres villes, dont Tripoli (nord) et Saïda (sud).

– « Chômage, pauvreté » –

« Nous voulons récupérer l’argent volé », a lancé Jad Assaileh, un jeune manifestant, en allusion aux allégations de détournements de fonds et de transfert par des responsables libanais de milliards de dollars à l’étranger.

Au rythme des klaxons, de slogans et de chants révolutionnaires, des voitures arborant le drapeau libanais ont afflué vers la place des Martyrs, au cœur de Beyrouth.

« Je suis sortie parce que l’Etat n’a encore rien fait jusqu’à présent. Nous n’avons vu aucune réforme », a déploré Lina al-Adawi, 54 ans, debout sur le marche-pied de son 4×4.

« Le coronavirus a aggravé davantage la situation économique: le chômage, la flambée du taux de change, la pauvreté et la faim », a ajouté la quinquagénaire, portant un masque et un foulard rouge.

Le Liban croule sous une dette de 92 milliards de dollars, soit 170% du PIB, l’un des taux les plus élevés mondialement.

La monnaie nationale a désormais atteint un plus bas face au dollar depuis des décennies, alors qu’environ 45% de la population vit désormais sous le seuil de pauvreté.

– Plus de dollars –

Nouveau signe de détresse financière, les banques ne donnent plus des dollars, la Banque centrale ayant publié mardi une circulaire demandant à ces établissements de verser à leur clients souhaitant retirer des billets verts de leur comptes en dollars, l’équivalent en livres libanaises au taux de change du marché parallèle.

La livre libanaise se négocie désormais à plus de 3.200 livres pour un dollar sur le marché parallèle, alors que la monnaie nationale est indexée sur le billet vert depuis 1997 au taux fixe de 1.507 livres.

Les observateurs y voient un prélude à une dévaluation officielle de la monnaie nationale.

Depuis octobre 2019, les banques ont imposé des restrictions draconiennes sur les retraits, notamment en dollars -les plafonnant parfois à 100 dollars par semaine.

Elles sont accusées par la rue de complicité avec le pouvoir politique et d’avoir contribué à l’endettement public effréné et la faillite de l’Etat.

Le gouvernement est sur le point d’annoncer un plan de sauvetage économique devant déboucher sur un début de restructuration de la dette et une éventuelle aide externe. Le plan évoque des besoins de financement de plus de 80 milliards de dollars, dont 10 à 15 milliards d’aides étrangères sur cinq ans.

Brésil: un accordéoniste défend l’Amazonie en chantant au fil de l’eau

Son accordéon est presque aussi large que son canot, mais la musique retentit jusqu’à la cime des arbres: Eder Rodrigues do Nascimento, 60 ans, pagaie des journées entières en chantant des vers sur la protection de l’Amazonie brésilienne.

« La nature dépend de vous, laissez-la vivre, le monde entier vous remercie, avec la plus grande joie », chante ce troubadour haut en couleurs, sillonnant les villages sur pilotis bâtis sur les rives du Jurua, un affluent de l’Amazone.

Pour se rendre d’un village à l’autre, il faut parfois plusieurs jours de navigation.

Seul sur sa modeste embarcation en bois, « Eder l’accordéoniste », comme il se fait appeler, est impuissant face aux fléaux comme la déforestation ou l’orpaillage illégal. Mais il symbolise la résistance de ceux qui vivent au plus près de la nature et sont mis en lumière lors de la Journée internationale de la Terre nourricière le 22 avril.

« Dans mes chansons, je parle de la préservation de la nature. Je donne des conseils pour que tout le monde fasse comme moi: ne pas brûler la forêt, ne pas polluer l’eau, ne pas couper d’arbres. Il faut laisser les arbres, c’est eux qui vont sauver le monde », déclare-t-il à l’AFP.

Ce métis au visage buriné et émacié habite à Boa Vista, localité qui fait partie de la réserve naturelle de Uacari, où les habitants vivent essentiellement de la pêche et de la cueillette.

« La terre est en train de devenir sèche à cause de la déforestation. Ça nous inquiète beaucoup parce que nous vivons dans la forêt », déplore-t-il.

« Parfois, on voit arriver des maladies que personne ne connaît et parfois les gens meurent sans qu’on en sache la cause », insiste l’accordéoniste.

Les peuples vivant aux confins de l’Amazonie sont particulièrement vulnérables face au nouveau coronavirus, qui a tué près de 200 personnes dans l’Etat d’Amazonas, où vit Eder.

« Ceux qui visitent l’Amazonie se rendent au paradis, ceux qui habitent l’Amazonie y sont déjà, si tu veux connaître la biodiversité, viens avec moi », fredonne le musicien, une lueur d’espoir dans les yeux quand il voit les jeunes villageois s’identifier aux paroles de ses chansons.

Le déboisement et les incendies de forêt ont fortement augmenté depuis l’arrivée au pouvoir en janvier 2019 du président d’extrême droite Jair Bolsonaro, dont la politique environnementale est vivement critiquée.

De nombreuses ONG l’accusent de vouloir livrer le « poumon de la planète » aux compagnies minières et à l’agro-négoce, tout en empiétant sur les territoires censés être réservés aux peuples autochtones.

Entre pandémie et élection, la Chine n’a jamais eu aussi mauvaise presse aux Etats-Unis

Le nouveau coronavirus a fait des dizaines de milliers de morts aux Etats-Unis et Donald Trump comme Joe Biden, son futur adversaire démocrate à la présidentielle de novembre, montrent du doigt la Chine qui n’a jamais eu aussi mauvaise presse dans l’opinion publique américaine.

Une étude du centre de recherche Pew publiée mardi affirme que 66% des Américains ont une mauvaise opinion de la Chine, un plus haut historique et le point culminant d’une situation qui n’a cessé d’empirer depuis l’arrivée au pouvoir de M. Trump.

« Nous voyons un virage spectaculaire vers le négatif depuis deux ans », explique Laura Miller, co-auteure de l’étude.

Donald Trump, très critiqué pour sa gestion initiale de la crise du Covid-19, et les faucons du parti républicain accusent la Chine d’avoir tardé à alerter le monde sur la gravité de l’épidémie née à Wuhan fin décembre, qui a déjà tué plus de 40.000 personnes aux Etats-Unis.

Illustration de la campagne négative à venir pour l’élection présidentielle, l’équipe de Donald Trump a diffusé une vidéo accusant Joe Biden d’avoir « protégé les sentiments » de Pékin quand il était vice-président de Barack Obama et suggérant – sans preuve – qu’il agissait au nom des intérêts financier de son fils Hunter, qui a fait des investissements en Chine.

Joe Biden a répliqué dans un spot de campagne, rappelant que le milliardaire avait d’abord salué les efforts de la Chine pour combattre l’épidémie et affirmant que les Etats-Unis n’étaient par sa faute « pas préparés et pas protégés ».

La pandémie arrive au milieu d’une guerre commerciale entre Pékin et Washington avec des hausses de taxes douanières, saluées même par les démocrates, sur fond d’accusations américaines de vol de propriété intellectuelle.

Les républicains, soucieux de faire oublier le rôle de la Russie dans la victoire de Donald Trump, ont à leur tour accusé la Chine d’ingérence dans les élections parlementaires de 2018 par le biais d’achats de publicités dans les journaux.

– « Souffre-douleur » –

Selon Pew, la défiance à l’égard de Pékin est largement partagée par l’ensemble de la population jusque chez les jeunes, une première.

Les sujets d’inquiétude ont toutefois changé. En 2012, c’était les pertes d’emplois et le déficit commercial. Aujourd’hui, une majorité d’Américains considèrent que l’impact de la Chine sur l’environnement, les violations des droits humains et les attaques informatiques sont des problèmes « très sérieux » pour les Etats-Unis.

« La Chine est vue comme une menace sur de nombreux aspects », estime Laura Miller.

L’enquête, réalisée sur un échantillon de 1.000 personnes du 3 au 29 mars, n’a pas détecté de changements dans les réponses alors que l’épidémie se propageait sur le territoire américain.

Mais selon Laura Miller, cela pourrait changer si le discours politique reste le même. « Pendant la période électorale américaine, on a l’habitude de se trouver un souffre-douleur à l’étranger. Si la Chine le devient, on pourrait voir augmenter les opinions négatives », dit-elle.

Mais la confrontation ne bénéficie pas seulement à Donald Trump. Son homologue chinois Xi Jinping a profité de la pandémie pour promouvoir un modèle autoritaire face aux régimes démocratiques jugés inefficaces pour lutter contre le virus.

« Cette crise est en quelque sorte du sur-mesure pour les opportunistes politiques et les va-t-en guerre des deux camps », estime Michael Swaine, de la fondation Carnegie Endowment for International Peace.

Joe Biden et Donald Trump ont pris Pékin pour cible mais les futures relations pourraient dépendre de l’identité du locataire de la Maison Blanche après le 3 novembre, selon M. Swaine.

Les conseillers du président Biden pourraient privilégier le pragmatisme et chercher des sujets de rapprochements, alors qu’un second mandat de M. Trump renforcerait les partisans d’une politique agressive face à la Chine, explique-t-il.

Les disputes fréquentes entre les deux puissances n’ont toutefois pas généré de forts sentiments anti-chinois et jusqu’à récemment, le public américain n’adhérait pas à l’opération de diabolisation lancée par les républicains et l’administration Trump, selon le chercheur.

« On dirait que ça commence à changer, même si nous n’avons aucune idée de l’intensité, du degré et de la profondeur de ce changement », admet Michael Swaine.